RENCONTRE AVEC CHRISTOPHE GANS:

 

Mon Cinéweb: Quel a été votre apport sur le script original de Stéphane Cabel?

Christophe Gans: Dans le script, ce qui existait très fort c'était les personnages masculins qui étaient tous très puissants, notamment le personnage interprété par Samuel Le Bihan. Mes 3 vraies créations dans le film, outre les scènes d'action et tout le côté fantastique, ce sont les 3 personnages de filles, que j'ai beaucoup développées. Quand je tourne, je travaille pour le public féminin, je me désintéresse totalement du public masculin. Parce que je suis un mec moi-même, et je ne vois pas pourquoi j'essaierais de viser un public que je représente en partie. Donc je ne me pose aucune scène, aucun plan, aucune direction générale sous un angle masculin. Je me désintéresse totalement du public des hommes en me disant que de toute façon ça leur plaira, parce que moi, en tant que mec, j'ai envie de voir les scènes de combats qu'il y a dans le film, des choses comme ça, donc j'essaie de travailler sur l'angle féminin du film essentiellement.

Mon Cinéweb: Qu'est-ce qui vous a attiré dans l'histoire de la bête du Gévaudan?

Christophe Gans: C'est un film sur la mythologie, en plus une des rares mythologie française, un des rares monstre français. Ce que je trouve intéressant c'est que la bête du Gévaudan a tué tous ces gens à un moment crucial de notre histoire, au moment des Lumières, c'est à dire au moment de l'avancée des idées qui en gros fondent notre monde moderne, fondent la démocratie, et ce qui est intéressant c'est que c'est arrivé 25 ans avant la Révolution Française qui est une des conséquences évidentes de l'avancée de certaines idées. Pour moi, la bête est le soubresaut d'un âge ancien, d'un âge des ténèbres. Le film est entièrement bâti sur l'idée que la bête du Gévaudan est une des dernières boursouflures de superstition dans un monde qui va exploser 25 ans plus tard. C'est pour ça que les deux personnages joués par Samuel Le Bihan et Mark Dacascos représentent respectivement la raison et la mystique, qui sont les deux formes complémentaires qui peuvent s'opposer à la superstition. L'idée c'était de montrer que ces deux personnages qui s'opposent vont ,en se complémentant, arriver à résoudre le mystère.

Mon Cinéweb: Pourquoi avoir choisi de donner votre version sur la bête elle-même, dont l'existence est prouvée mais qui reste un mystère jamais élucidé?

Christophe Gans: On connait le cas des tigres du Bengale, ou de certains fauves en Afrique, qui ont attaqué des chemins de fer en construction, mais c'est extremement rare. Donc on peut toujours se poser la question: quelle était la nature exacte de cette bête? Y'a eu 200 personnes tuées quand même, essentiellement des femmes et des enfants. Alors c'était quoi? Un serial killer qui se serait servi de l'obscurantisme de l'époque? Un fauve ramené des colonies qui serait parti dans la nature et qui serait devenu dingue avant de mourir dans un coin? Qu'est-ce que c'était exactement? Mais d'une manière ou d'une autre, je pense que la main de l'homme est forcément intervenue. C'est quelque chose de contre nature. Et c'est ça qui était intéressant dans le film, établir un débat entre ce qui est naturel et ce qui est contre nature.

(propos recueillis en Avril 2000 sur le tournage du film, au Château de Roquetaillade, en Gironde)

 

Christophe Gans

Né à Antibes en 1960, Christophe Gans se passionne dès son 
plus jeune âge pour le cinéma, notamment le cinéma de genre, 
et veut rapidement devenir réalisateur. il participe tout d'abord 
à un fanzine ("Rhésus Zéro") avant d'intégrer l'Idhec, où il 
tourne plusieurs courts métrages. L'un d'eux, Silver Slime, un 
thriller baroque, reçoit un accueil très favorable au Festival du 
Film Fantastique de Paris en 1982. Passionné depuis toujours 
par l'exercice critique, Christophe Gans va saisir l'opportunité 
de créer son propre magazine. Sort donc en janvier 1983 le 
premier numéro de "Starfix", mensuel consacré au cinéma de 
genre. Catapulté rédacteur en chef, Gans, malgré ses 22 ans, est 
l'un des aînés de la rédaction, et devient le chef de file d'une 
jeune génération de cinéphiles passionnés, moins portés sur le 
versant intellectuel du cinéma que sur son aspect technique et 
vouant de véritables cultes à des cinéastes tels que Sam Raimi, 
Dario Argento, Brian de Palma ou David Cronenberg. Un peu 
plus tard, il anime la rubrique cinéma dans l'émission 
"Rapido", d'Antoine De Caunes, et devient consultant pour la 
société Scherzo Vidéo, et dirige, à la dirige la réédition en 
vidéo de ses films asiatiques favoris, dont ceux dirigés par Tsui 
Hark, ou issus du fabuleux catalogue des célèbres studios des 
Shaw's Brothers. Alors que ses goûts désespèrent 
systématiquement les producteurs français à qui il soumet des 
projets, il rejoint à cette époque la société de production Davis 
Films créée par Samuel Hadida. En 1992, il écrit et réalise The 
Drowned (Les noyés), premier sketch d'un tryptique d'après 
Lovecraft intitulé Necromicon. Remarqué pour son style 
classique et élégant, il réalise son premier long métrage Crying 
Freeman (produit par le compère Hadida), adaptation du 
manga créé par Koike et Ikegami, devenant culte dès sa sortie. 
Mark Dacascos y tient le premier rôle tandis que Gans décrit 
son film comme “un drame en costumes filmé de nos jours”. 
Parmi ses grands projets figurait une adaptation de "Ving mille 
lieues sous les mers" de Jules Verne, abandonné quelque temps 
avant le tournage, alors que le scénario et la distribution étaient 
bouclés.
Christophe Gans a également développé des adaptations de 
bandes dessinées pour le cinéma qui ont connu diverses 
fortunes, et revient enfin aujourd'hui sur grand écran pour 
signer la réalisation du Pacte des loups, grande fresque 
fantastico-historique prenant place dans la Lozère du XVIIIè 
siècle et où Samuel Le Bihan, Mark Dacascos, Vincent Cassel 
et Monica Bellucci courent après une bête du Gévaudan 
particulièrement féroce.


FILMOGRAPHIE 

1992 Necromicron (un sketch)

1995 Crying Freeman

2000 Le pacte des loups


©jeanphilippemagne.com